Présenté au symposium de l’IERTIMM, le 14 novembre 2025.

Introduction

L’IERTIMM est né d’abord comme une composante de l’Institut de pastorale des Dominicains (IPD) à Montréal, en lien à la collaboration puis à l’engagement dans l’équipe de Martin Bellerose, qui en est ensuite devenu le directeur. Il est donc marqué, à son origine, par des traits de ce milieu qui l’a porté et engendré. Je présente ici quelques éléments de l’histoire et des orientations de l’IPD, en soulignant l’importance de la dimension andragogique (formation des adultes), dès ses débuts en 1960 jusqu’à sa fin, autour de 2023. Pour aller aux sources de l’IERTIMM.

Visionnez la présentation de Daniel au symposium de l’IERTIMM ci-dessus.

IPD : origines et options

Un contexte de changements

L’IPD est né dans un contexte de changements sociaux et ecclésiaux majeurs au Québec, au moment de la Révolution tranquille. Comme l’indiquait Gilles Routhier dans son étude sur les Dominicains au Canada et Vatican II: On ne peut donc pas entreprendre une étude importante sur les courants réformateurs au Québec, dans l’Église et dans la société, sans prendre sérieusement en compte l’importante contribution de la province dominicaine du Canada[1]. Il en donne comme exemples leurs publications, leurs communautés à Québec, Montmorency et Montréal et leurs réseautages, leur présence dans le monde universitaire (fondations : Sciences sociales à Laval, Psychologie, Service social, à Montréal) et la création de l’IPD en 1960.

Cet institut se voulait un centre de formation pastorale attentif aux sciences humaines et aux nouveaux courants en catéchèse et liturgie, avec une équipe multidisciplinaire, et promouvant, à mesure, l’intégration des perspectives théologiques et pastorales de Vatican II.

Continuités dans les options

Comme je l’indiquais moi-même dans un écrit lors du 50e de l’IP en 2010[2] : Il est frappant de constater la remarquable continuité dans les options depuis les débuts jusqu’à aujourd’hui. Parmi ces traits que je présentais, j’en souligne certains qui donnent, par leur ensemble, des fondations pour une formation andragogique, qui est plus que des échanges en classe et des choix d’horaire :


  • Une attention aux besoins de formation sur le terrain. Le programme était préparé en consultation avec des diocèses et des communautés religieuses, pour être attentifs aux questions qui émergent sur le terrain.
  • Une approche s’inscrivant dans le courant nouveau de l’éducation des adultes, et dès la fin des années 50 avec ses fondateurs. Cela impliquait une attention à l’expérience acquise des étudiants, un accompagnement personnel et du travail en équipe. Avec le temps, ce trait s’est affirmé et consolidé.
  • L’intégration de l’apport critique des sciences humaines à la pastorale, comme la psychologie et la sociologie, puis l’andragogie, les sciences des religions, les nouvelles approches en catéchèse et en missiologie…
  • Un milieu offrant un encadrement et une ambiance conviviale, où la vie fraternelle, les études et la prière se combinent. L’Institut voulait offrir une expérience de formation à la fois intellectuelle, communautaire et spirituelle et non seulement des cours à suivre. Une formation qui touche autant le savoir-être et le savoir-faire que le savoir et qui intègre les quatre dimensions de la formation pastorale: le service pastoral, l’articulation de la foi, le dynamisme spirituel et les ressources personnelles.
  • Des stages supervisés en paroisses et divers milieux, de sorte que pratique et réflexion se combinent, avec des outils pour développer une pratique réflexive. Et le programme de M.A. comprenait l’observation, l’interprétation et la transformation d’une pratique dans un milieu précis.
  • L’importance de la vie d’équipe de l’Institut, de l’interaction entre les membres, du partage collégial des responsabilités.

Tous ces éléments, qui se sont maintenus et développés au cours des années et qui se sont combinés, ont favorisé le développement d’une vision et d’outils éducatifs adaptés aux adultes, ce qui était et est demeuré innovateur par rapport à la formation théologique et pastorale habituelle, et à la formation en d’autres disciplines.

Risquer l’avenir

De plus, l’IP publiait en 1992, par suite d’une demande des évêques du Québec, une recherche sur l’avenir des communautés chrétiennes locales : Risquer l’avenir[3].Ses observations et propositions suscitèrent des réactions, autant d’accueil que de réserve. Cette recherche faisait le portrait d’une Église en décroissance, devenue minoritaire, qui devait réajuster son tir, accepter sa situation, et devenir missionnaire. Nous proposions des déplacements : d’une Église centrée sur les enfants, les sacrements et les bâtiments, à une Église centrée sur les adultes, le développement de la foi, et des communautés à taille humaine, avec un souci du bien commun de la société. J’indique que cela s’inscrivait tout à fait dans la ligne des options de l’IPD, tout au long de sa vie, et de son accent sur les adultes.

Former des adultes : plusieurs facteurs

Avec les années, la diversité des étudiants s’est accentuée : l’âge, l’origine culturelle, l’expérience de terrain, l’état de vie, les connaissances de base de la foi chrétienne, etc. Mais tous ces gens avaient un point commun : tous étaient des adultes, avec une expérience de vie, un parcours personnel et social, des acquis et des défis, des blocages et des ouvertures. Comment bien répondre à leurs besoins et à leurs attentes, dans le cadre particulier de la formation, c.-à-d. du monde des apprentissages, et d’une formation pastorale universitaire?

Approches éducatives

Les approches éducatives se sont ajustées et affinées pour prendre en compte plus systématiquement l’andragogie.


  • Plusieurs membres de l’équipe étaient ou se sont formés dans cette discipline (andragogie), en plus de leur champ d’expertise (Bible, théologie…). Cela était important et pratique pour assurer une mise en œuvre adaptée, rigoureuse et inventive.
  • Les formats de cours étaient variés, pour répondre aux horaires et aux possibilités d’adultes aux multiples occupations : cours de 1, 2, ou 3 crédits; en journée, en soirée, en fin de semaine.
  • L’encadrement de chaque étudiant comprenait un projet de formation en début de parcours, visant à clarifier ses attentes et objectifs, une révision à mi-chemin et une synthèse finale. Les choix de cours, dans le cadre d’un programme particulier, s’inscrivaient dans ce projet.
  • Chaque travail académique à remettre, suite à un cours, incluait des questions portant non seulement sur le contenu du cours mais sur son intégration personnelle, en rapport au projet de formation, au parcours individuel et au terrain pastoral.
  • Chaque étudiant était accompagné par un conseiller d’études, de l’équipe de l’IP, avec qui revoir ce projet et ces travaux et porter les questions et défis de sa formation. Elle ou il n’était pas un conseiller spirituel ou psychologique, mais d’études.
  • Il y a eu un temps, aussi, des équipes d’étudiants, avec des rencontres régulières, partageant leurs expériences et leurs recherches.

Autres facteurs

La dimension andragogique ne se limite pas à la formation immédiate, dans ses approches et programmes. Elle intègre plusieurs éléments qui favorisent le développement d’une culture éducative et organisationnelle centrée sur les adultes apprenants. C’est un enjeu de cohérence.


  • Avec les années, l’IPD, qui faisait partie du Collège dominicain, a développé des collaborations et des partenariats avec plusieurs organismes et institutions, comprenant souvent des protocoles d’entente : la Faculté de Théologie et de Sciences des religions de l’UdM, l’IFTM des Pères Sulpiciens, la Société des Missions Étrangères, le Centre Le Pèlerin, le Centre Justice et Foi, les diocèses de St-Jérôme, Gatineau, St-Hyacinthe, Montréal, St-Jean-Longueuil, Rimouski. Le fait d’offrir des formations hors de notre édifice et en plusieurs régions, par des ressources locales et les nôtres, nous a permis de mieux connaitre les situations sociales et ecclésiales de plusieurs coins du Québec. Cela a été précieux pour vivre dans la réalité, avec ses limites et ses espoirs, et pour élargir nos horizons (il n’y a pas seulement Montréal !). Mais aussi pour développer, dans notre fonctionnement institutionnel, une culture partenariale : apprendre à ne pas décider seul, à entendre et respecter des différences, à maintenir aussi ses options. Je crois que nous avons développé à l’IPD une véritable expertise dans ce domaine. Nous avions d’ailleurs mis sur pied une instance de concertation : le Copar (Comité des partenariats).
  • Nous avons aussi mis sur pied des tables de réflexion (TBR) où participaient des personnes d’autres organismes et institutions, engagées sur le terrain ou en enseignement. Tables sur divers sujets : l’évangélisation, l’initiation chrétienne et l’éducation de la foi, la vie consacrée, la liturgie, et la collaboration à d’autres Tables, comme celle interdiocésaine sur les travailleurs migrants agricoles. Cela aidait à ne pas nous enfermer dans nos perceptions et nos problématiques, à ouvrir l’espace de notre pratique réflexive.
  • J’ai mentionné la vie d’équipe comme orientation dès le début de l’IPD. Pour former des intervenants pastoraux qui soient à l’écoute, agissants et coresponsables, nous avions, comme équipe de l’IPD, à en donner témoignage par notre style même de vivre-ensemble et de gouvernance. Ce n’était pas à côté de l’approche andragogique en formation mais en montrait la pertinence et la fécondité. Certes, cela impliquait beaucoup d’échanges et de débats entre nous, mais en cherchant à partager les responsabilités, à décider ensemble; et aussi à maintenir entre nous un climat fraternel, avec des temps festifs et des rencontres de formation permanente. Ce qu’on appelle aujourd’hui la synodalité faisait partie de nos valeurs et des apprentissages offerts à l’IP. Et c’est ce qui convient mieux pour des adultes.

Ainsi, pour développer un milieu éducatif où des adultes apprennent et interagissent de façon adaptée à des adultes, dans une formation intégrant les dimensions cognitive, affective et pratique, plusieurs facteurs sont à combiner, se renforçant les uns les autres : la possibilité de faire des choix, essentiels à des adultes; des espaces et temps d’échanges intégrés et intégrateurs; des outils et exercices précis, à réajuster; un accompagnement personnalisé; un climat convivial et stimulant; un personnel formé et éveillé aux enjeux andragogiques; une équipe de formateurs solidaire et diversifiée; une direction collégiale; une ouverture à des collaborations et à des sorties hors de son monde premier. Évidemment, si en plus vous avez des locaux suffisants et des finances assurées (ce qui n’était pas notre cas!), cela facilitera les choses!

Voilà donc le milieu d’origine de l’IERTIMM : un héritage valorisant la coresponsabilité et la collégialité, l’attention aux personnes et aux terrains, dans leurs continuités et changements, et le souci d’équipements et d’outils précis et flexibles. En partant, cela donne une bonne base génétique pour s’engager face à des questions aussi importantes et cruciales que l’interculturalité, la migration et la mission.


[1] Gilles Routhier, « Le réseau dominicain, vecteur de la réception de Vatican II au Canada », Science et Esprit, 63, 2011, p.385-408.
[2] Daniel Cadrin, « Continuités et changements d’un centre de formation. L’Institut de pastorale des Dominicains à Montréal », Science et Esprit, 64, 2012, p.79-86.
[3] Risquer l’avenir. Bilan d’enquête et prospectives, Comité de recherche de l’Assemblée des évêques du Québec sur les communautés chrétiennes locales, Montréal, Fides, 1992.